Les parois  


Le construit lovagien n'est pas uniquement fonctionnel pour autant : il est partout empreint de touches sentimentales et sensorielles, même si celles-ci restent discrètes.

Antti LOVAG refuse l'affrontement de parois verticales planes et l'agression des angles au plan orthogonal "mis en pièces" a posteriori, il préfère la conjugaison d'espaces souples conçus préalablement par simulation. Aux proportions en 2 dimensions du canon humain debout, il ajoute celles d'une 3e dimension, la gestualité, puis d'une 4e, le déplacement.

D'où l'infinie variété d'agencements possibles à partir de cylindres debout ou couchés, droits ou sinueux et de sphères pures ou étirées : on est à l'opposé des façades "classiques".

Les techniques expérimentées vont de la roche taillée (carotteuse ou fils) à l'emploi de coffrages internes (commencer par la fin pour éviter les finitions salissantes, longues et délicates), en passant par :
le ferraillage sur gabarits puis bétonnage pour des coques autoportantes et antisismiques, le tricot tendu sur gonflables, mobiliers… ou arceaux + plâtre ou béton fibrés, l'assemblage et le ceinturage d'écailles (sandwichs d'isolant au béton fibré) et les polymères évidemment pour les modules ouvrants.

Les matériaux nouveaux (ou anciens "revisités") et les mises en œuvre actuelles favorisent le développement d'autoconstructions à portée de toutes les mains, pour stagiaires et amateurs "éclairés", la réduction récente des temps de travail étant un encouragement.

 

 Les ouvertures 


La convivalité des courbes se retrouve dans toutes les ouvertures sur l'extérieur comme entre les espaces internes.

La porte d'accueil est un grand monocle rond, biconvexe, translucide, teinté, protégé par un grand auvent. Pendant la journée, la lumière solaire le traverse et colore l'entrée ; à tombée de nuit, une lumière électrique intégrée en fait un signal chaleureux.

Les portes d'issue vers les terrasses et jardins privés sont de grands pans de verre.

Les portes intérieures sont réduites au strict indispensable. Ovales, biconvexes et translucides, une isole les "petits lieux" et parfois une autre marque l'accès aux espaces privés. Ailleurs, elles deviennent de véritables arches, à l'interpénétration des bulles et créent une transparence particulière à l'auteur. L'alignement non rectiligne des bulles/espaces implique un cheminement sinueux (de plain-pied ou non) qui stimule une certaine curiosité au fur et à mesure des découvertes et incite à la progression. Cependant proximité n'est jamais promiscuité.

La fenêtre lovagienne remet en question la forme, l'implantation et la triple fonction de la fenêtre traditionnelle.
La forme : le cadre orthogonal et les barreaux brutalisent l'image sans nécessité.
L'implantation : les alignements extérieurs gratuits sont à l'opposé d'une satisfaction d'usage optimal interne.
La triple fonction (aération - lumière - vue) peut gagner à être dissociée.

Le skydome est une ouverture ronde, percée près du pôle pour la lumière et l'aération surtout… On peut trouver plaisante, la vue du ciel depuis un lit… Dans le cas d'une mezzanine/hamac, on profite d'un flux vertical direct par un "puits" à l'aplomb d'une cible au sol (table, nid…) et des écoulements latéraux sur les parois, entre les points d'ancrage du "hamac".
Variante : une coupole pivotante.

L'oculus est une ouverture ronde de format réduit ou moyen. La percée est choisie de l'intérieur près d'un poste d'utilisation, debout près d'un évier, assis près d'un bureau, couché près de la tête d'un lit… Il est volontiers protégé par un "viseur" tubulaire qui cible le sujet élu.
Variantes :
> assez grand, il peut être "habité". Ex. : une baignoire.
> association avec une jardinière pivotante.

La baie est une grande ouverture ronde ou ovale en largeur, souvent protégée par une paupière double. Elle correspond aux espaces de détente, séjour ou chambre.

Séparément, le skydome procure une lumière zénithale qui modèle la concavité de la paroi et l'anime progressivement au cours de la journée : aération et vue céleste sont possibles à tout instant ; l'oculus permet une vue choisie préalablement par simulation : l'effet zoom renforce l'impact d'une focalisation ; la baie et son grand-angle permettent une immersion dans un paysage panoramique.

Associés, les trois types d'ouverture permettent chacun un champ visuel quasi hémisphérique qu'un alignement en façade n'aurait pu satisfaire, du regard vertical à ceux horizontaux ou obliques ; par le jeu de plusieurs percées pour un même espace, ils équilibrent des sensations et des sentiments aussi forts que la perturbation causée par une plongée vertigineuse (falaise sous une baie) simultanée à l'apaisement émanant d'une proximité familière (cascatelle ciblée par un oculus).

 

 

 

 Le gréement


Terme utilisé à dessein pour rappeler la formation en architecture navale d'Antti LOVAG et le rôle essentiel de toute l'instrumentation indispensable à l'Habiter par comparaison au Naviguer :

participation active, incorporation à la coque, plurifonctionnalité.

D'abord étranger à la langue française puis initié à ses arcanes, Antti Lovag s'inquiète du sens du mot MEUBLE. Dès lors, puisque nos meubles ne sont plus meubles, il tient à retrouver leur mobilisation et commence par supprimer leurs pieds qui non seulement ne servent à rien, pas même à se déplacer, mais gênent beaucoup.

Une telle remise en question produit de nouvelles conceptions :

> Le MEUBLE meuble.
ex. : une table, une cheminée

> Le MEUBLE / ESPACE.
Il se déploie momentanément et crée un nouvel espace qui annexe l'usager.
ex. : une kitchenette.

> L'ESPACE / MEUBLE.
La paroi s'infléchit et/ou prolifère en rangement, tablette, bureau, plan de travail ou de repos.
ex. : un nid, une baignoire

> L'ESPACE meublé à double usage par réglage du mobilier.
ex. : un salon / salle à manger.

> L'ESPACE meublé à double usage par mobilisation du plancher.
ex. : un bureau / chambre d'appoint.

> L'ESPACE meublé ouvrant sur place.
ex. : une douche décapotable.

> L'ESPACE meublé ouvrant sur terrasse.
ex. : un module-repas et autres.

> L'ESPACE meublé libérable.
Un module complet (coque + praticable meublé) devient une pseudo-tonnelle mobile.
ex. : un salon / salle à manger migrant.

Non seulement des meubles retrouvent une mobilité mais des espaces de l'habitation émigrent dans le site et participent ainsi à la notion complète d'HABITAT.